
Les déchets, jadis, jetés en peu partout de manière à créer un danger public deviennent, petit à petit, une matière première prisée. Des coopératives et des individus cordonnent la collecte de ces déchets dans tous les coins du pays. Découvrons ensemble les retombées économiques de ces initiatives et leur impact dans l’assainissement.
Dans le contexte actuel l’émission des déchets au Burundi atteint le niveau inquiétant d’où les interrogations sur leur finalité. Selon les données fournies par la Troisième Communication Nationale sur le changement Climatique publiée en 2019 par le Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage, un habitant de la ville de Bujumbura produit en moyenne 0,6 kg / jour ou 217 kg / an. Considérant, la population actuelle qui s’élève à 1 579 575 habitants dans trois communes urbaines qui sont Ntahangwa, Mukaza et Mugere, la situation de la production des déchet devrait attirer l’attention de tout citoyen. C’est dans cette situation que certaines initiatives commencent à rayonner. Au dépotoir de Buterere, chaque jour le triage des déchets offre de l’emploi à pas mal des habitants environnants. Alexis Nimubona, un des responsables de la coopérative de Valorisation des Déchets issus de l’Assainissement (COVADA), raconte le travail abattu chaque jour.
De la menace à l’opportunité
Alexis indique que l’idée de trier les déchets est née après avoir observé que ces derniers sont presque partout sur les routes et les rivières pour finir dans le lac Tanganyika. Selon lui, 800 personnes se sont mises ensemble au sein de COVADA pour mutualiser leurs efforts afin de préserver l’environnement contre la pollution. Même son de cloche chez Caritas Mutoni, une jeune fille de 26 ans qui habite tout près du dépotoir de Buterere. Ce jeune a rassemblé autour de lui un groupe de 4 autres jeunes pour conjuguer leurs efforts afin de réaliser leurs rêves ensemble en matière de la protection de l’environnement. Caritas est convaincu que la préservation de l’environnement contribue à la promotion de la bonne santé dans la société. Dans cet ordre d’idée, cette fille et ses compagnons œuvrent pour limiter les dioxydes de carbone (CO2) émis dans l’air. Cela à travers la collecte et transformation des objets non biodégradables comme les sacs plastiques qui, jadis, étaient mis à feu sans cesse.
La collecte des déchets plastiques effectuée par COVADA devient une opportunité car 40 employés journaliers trouvent une rémunération de 100 fbu/kg collecté. A ces journaliers s’ajoute le staff de COVADA de 4 personnes qui gagnent chacun un salaire de 150.000 BIF mensuellement. Le travail de cette coopérative est en amont de la chaîne de recyclage de ces déchets plastiques. Alexis indique qu’après le travail de collecte et de triage, Nezerwa Company récupère les plastiques afin de les recycler. De même, Caritas et ses compagnons se sont trouvés de l’emploi. Chacun d’entre eux peut gagner entre 300 000 à 400 000 BIF par mois. Mais, tout n’est pas rose. Le manque de tenue adéquate de protection fait partie des défis majeurs de ces jeunes. Même lamentation au sein de COVADA. Ces acteurs de la chaîne d’assainissement indiquent qu’ils sont déterminés à contribuer dans la vision du pays émergent en 2040 et pays développé en 2060.
La gestion des déchet, affaire de tout le monde
Ces initiatives de transformations des déchets sont appréciées par Dr Pierre Ntakiyiruta, le chercheur interviewé à ce sujet. Pourtant, cet académicien souligne que l’accompagnement des recycleurs est nécessaire pour que le danger des plastiques ne soit pas pérennisé d’une autre façon. Selon Dr Pierre Ntakiyiruta, spécialiste en génie des procédés et de l’environnement, le recyclage des produits surtout plastiques exige une étude approfondie. Pour cet expert, le recyclage des plastiques peut, par mégarde, engendrer d’autres problèmes. Ntakiyiruta cite, par exemple, le recyclage des plastiques en pavés qui éparpille les microplastiques dans le sol. Une autre source d’inquiétude pour cet expert en génie des procédés et de l’environnement, c’est la gestion des fumées pour les recycleurs des plastiques car ces fumées sont nocives et dangereuses pour la nature et la santé. Dr Pierre Ntakiyiruta suggère aux recycleurs de faire recours aux filtres habilités pour que la fumée dégagée lors de la fonte de ces déchets plastiques soit traitée avant d’en lâcher dans l’air. Sur la même longueur d’ondes, l’activiste en protection de l’environnement, Albert Mbonerane, président de l’Action Ceinture Verte pour l’Environnement (ACVE), estime qu’il est nécessaire d’étudier attentivement les initiatives de valorisation des déchets au Burundi. Il donne un exemple d’une personne qui utilise la combustion pour fabriquer des briques à partir de déchets non biodégradables. Ce phénomène dégage de la fumée dans l’atmosphère. Dans ce cas, il n’y a aucun changement réel, car même si la personne tire un avantage de cette activité, cela entraîne aussi une pollution de l’air. Cet activiste et ancien ministre de l’environnement estime que toute personne souhaitant travailler dans le recyclage doit, avant de lancer son projet, informer le ministère en charge de l’environnement, afin que celui-ci évalue si la technologie utilisée ne nuit pas à l’environnement. Le ministère, quant à lui, devrait également assurer un suivi pour vérifier si les conditions convenues sont bien respectées.
Le Gouvernement du Burundi s’investit pour la promotion de la gestion des déchets
L’implantation des poubelles, mobilisation des industriels, sensibilisation à la population pour une prise de conscience dans la gestion des plastiques et autres déchets, le gouvernement déploie pas mal d’approches. Face à la pollution de l’environnement en général et du Lac Tanganyika en particulier, le Gouvernement du Burundi s’active. Certaines approches sont en cours d’implantation pour endiguer la prolifération de diverses sortes de pollution. La pollution plastique figure parmi celles qui sont dans le collimateur du ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage. Christian Nimubona, Directeur Générale de l’eau et assainissement de ce ministère sort de son silence et indique la stratégie mise en pratique. Désormais, les unités de transformation et les industries qui font recours à l’emballage en plastique participent dans l’assainissement de l’environnement. Selon Christian, la pollution plastique se remarque en peu partout, car les emballages plastiques sont moins chers d’où ils sont prisés par les industriels. Cela justifie alors la mobilisation de ces derniers à participer à l’assainissement de l’environnement dans le cadre de la campagne « Zéro déchets plastiques ». Pour réussir le pari chaque unité de transformation ou industrie doit fournir des poubelles à plastiques selon le model convenu avec le ministère de tutelle. « Cette approche facilitera la gestion des plastiques partout dans le pays car les consommateurs sont sensibilisés à utiliser ces poubelles placées dans les différents coins et les recycleurs vont récupérer facilement ces plastiques jetées dans les poubelles », se félicite Christian. Cette initiative de mise en place des poubelles à plastiques va contribuer à gérer les plastiques, à éviter que cette matière soit emportée par les eaux de pluie vers le lac Tanganyika, éviter également que les plastiques soient mélangées à des déchets qui sont transporté dans la décharge de Buterere. En plus de cette plus-value, cette initiative contribue dans la mise en œuvre du décret no 100/99 du 18 avril 2018. Ce décret interdit l’utilisation et l’importation des plastiques au Burundi. Le Directeur Général Christian Nimubona appelle les médias à jouer leur rôle très essentiel pour la sensibilisation massive quant à l’utilisation des poubelles à plastiques déjà installées.
Salvator Niyonizigiye