Les peuples africains endossent sans répit le fardeau de la dette publique : quelle voie de sortie ?  

Photo prise à la 2ème journée lors de la présentation de la leçon inaugurale , AfCoDD VI, Août 2026

La gestion de la dette publique en Afrique reste une interrogation qui mérite une réponse pratique, au-delà des théories souvent proférées ici et là. Entre-temps, la place des peuples africains dans les contrats de la dette publique demeure également une préoccupation majeure. Dans ce contexte, la sixième Conférence africaine sur la dette et le développement, qui se tient à Nairobi, au Kenya, offre une opportunité de discuter de la place des peuples africains dans les négociations relatives aux dettes publiques.

Ignorés lors de la négociation des dettes publiques, les peuples africains en endossent pourtant le fardeau du remboursement. Cet enjeu, selon le Pr Jean-Emmanuel Pondi, viole plus qu’une règle de bonne gouvernance. « Cela viole une règle de la civilisation africaine », ajoute Pondi.

Lors de la présentation de la leçon inaugurale de la sixième Conférence africaine sur la dette et le développement, cet académicien ne mâche pas ses mots : « Je voudrais commencer par un chiffre : soixante-quatorze milliards et demi de dollars. Ce n’est pas ce que l’Afrique doit. Ce n’est même pas l’intérêt qu’un marché équitable nous ferait payer. Soixante-quatorze milliards et demi de dollars par an, c’est ce que ce continent paie — chaque année — simplement parce qu’il est l’Afrique. »

Cet expert en relations internationales étaye son propos par cet argument : « Le Programme des Nations unies pour le développement a chiffré le coût que nous font supporter des évaluations de crédit subjectives et opaques : vingt-huit milliards de dollars d’intérêts supplémentaires et quarante-six milliards de dollars de financements qui n’arrivent tout simplement jamais. »

                                  La dette publique en Afrique, une injustice imposée ?

Les pays africains ne choisissent pas toujours les conditions dans lesquelles ils doivent emprunter et sont souvent contraints de s’endetter à des taux d’intérêt élevés. Ce sont pourtant les peuples africains qui en paient le prix fort, car une grande partie des recettes fiscales sert au remboursement de dettes contractées sans qu’ils aient été consultés.

À cet égard, le Pr Horman Chitonge donne un exemple illustratif. Cet académicien compare l’Italie et la Namibie. Ces deux pays se sont endettés, mais la Namibie bénéficiait de conditions économiques favorables par rapport à l’Italie. Pourtant, à la grande surprise, l’Italie a obtenu un financement à un taux de 6 %, alors que la Namibie a contracté sa dette à un taux 3,5 fois supérieur à celui de l’Italie.

Chitonge indique que les pays africains ne choisissent pas cette injustice ; ils sont plutôt condamnés à l’accepter. D’où la nécessité, pour les États africains, de prendre conscience de cette situation qui perdure depuis des décennies.

L’injustice est une réalité, et personne ne peut prétendre le contraire. Toutefois, faut-il, a priori, en rejeter toute la responsabilité sur les créanciers internationaux ? Loin de là. Certains décideurs africains contribuent eux-mêmes à creuser le tombeau de leurs peuples. Lors des négociations, certains acceptent des pratiques de corruption pour faciliter l’obtention de certains emprunts.

Dans tout cela, le fardeau pèse lourdement sur les peuples, qui sont toujours appelés à rembourser des dettes publiques dont l’utilisation reste souvent mitigée.

Le député kényan Kuria Kimani donne l’exemple de son pays, où, sur 10 KES payés par le contribuable, 7 KES sont affectés au paiement de la dette et seuls les 3 KES restants sont consacrés aux projets de développement du Kenya.

                                        Vers une sortie de l’injustice de la dette ?

Les pays africains ont la carte en main. Le choix est simple et n’exige aucun coût financier supplémentaire, si ce n’est l’engagement effectif des États du continent africain. Ce choix est clair : c’est la position commune de l’Afrique sur la dette.

« Un continent parlant d’une cinquantaine de voix ne peut pas mieux négocier qu’une architecture qui, dans les faits, ne parle que d’une seule voix », indique le Pr Jean-Emmanuel Pondi dans sa leçon inaugurale de la sixième Conférence africaine sur la dette et le développement.

Cet expert retrace l’historique de l’initiative de la position commune de l’Afrique sur la dette. Celle-ci est née à Lomé en mai 2025. Elle a été mise à l’épreuve lors de la 8e session ordinaire du Comité technique spécialisé sur les finances, à Johannesburg. Elle a ensuite gagné davantage de poids lors de la réunion des hauts responsables de l’élaboration des politiques publiques et des gouverneurs des banques centrales du G20, qui a abouti à une Déclaration de haut niveau sur la viabilité de la dette en octobre 2025. En février de cette année, elle a été officiellement adoptée par le Conseil exécutif de l’Union africaine.

Les pays africains ne doivent cependant pas se contenter de brandir le drapeau de la position commune sur la dette sans vouloir se détacher aux anciennes pratiques incompatibles avec la nouvelle orientation guidée par cette position commune sur la dette. Pour assurer la réussite de cette initiative, chaque État africain doit s’atteler concomitamment, avec la plus grande détermination, à garantir la transparence de chaque contrat de dette signé et à renforcer sa propre expertise juridique et technique en matière de dette.

Salvator Niyonizigiye

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