
Dans un contexte marqué par la pénurie de carburant et les défis énergétiques persistants, le Burundi s’oriente progressivement vers des solutions innovantes et durables. L’introduction récente des véhicules électriques s’accompagne du développement d’infrastructures adaptées, notamment des stations de recharge alimentées par l’énergie solaire. Si cette avancée technologique représente une opportunité majeure pour la transition énergétique et la modernisation du secteur des transports, elle soulève néanmoins des questions importantes liées à son coût et à son accessibilité pour les usagers.
Par Dieudonné Ndayizeye
Après l’introduction des voitures électriques en mars 2025, le Burundi a franchi une nouvelle étape avec l’inauguration, le 13 mars 2026, de la plus grande station solaire de recharge pour véhicules électriques en Afrique de l’Est. Située à Bujumbura, dans le quartier de Kinindo sur la route nationale numéro 3, cette infrastructure a été réalisée par la société Gem E-Mobility.
La cérémonie s’est tenue sous la présidence du ministre des Transports, Damien Niyonkuru, et du ministre des Finances, Alain Ndikumana, en présence de plusieurs partenaires publics et privés.
Dotée d’une puissance solaire de 120 kWc et d’une capacité de stockage de 250 kWh, cette station, d’un coût estimé à 600 000 dollars, comprend quatre bornes de recharge rapide. Elle permet de recharger simultanément quatre véhicules en seulement 30 minutes pour les modèles compacts et en moins de 45 minutes pour les plus grands.
Selon Evrard Havyarimana, directeur exécutif de Gem E-Mobility, cette station est la première dans la région à fonctionner entièrement à l’énergie solaire. Elle a été conçue pour répondre aux problèmes liés à la pénurie de carburant et au manque de devises étrangères, tout en évitant de surcharger le réseau électrique national. Grâce à sa capacité de stockage, elle peut également fonctionner en l’absence de soleil et devrait, à terme, offrir un service continu 24h/24.
Un levier pour la transformation économique
Pour les autorités burundaises, cette infrastructure constitue un signal fort en faveur de l’innovation et de la transition énergétique. Le ministre des Transports souligne qu’elle s’inscrit dans la vision nationale d’un Burundi émergent à l’horizon 2040 et développé en 2060.
Par ailleurs, des projets d’extension sont envisagés à travers le pays, bien que leur réalisation dépendra de l’augmentation du nombre de véhicules électriques en circulation.
Une recharge rapide mais encore coûteuse
Cette avancée constitue un ouf de soulagement pour les usagers, surtout ceux qui exercent le commerce ou le transport public. « Moi, je chargeais souvent à la maison, et cela me prenait environ 8 heures pour que la voiture soit complètement chargée. Mais à la station, c’est très rapide : en 30 minutes, elle peut être pleine », témoigne Andy Japhet Ndayiziga, un usager de la station ayant une voiture de marque Toyota Nissan Leaf ayant une capacité de 24 Kwh. Ndayiziga ajoute qu’à la station, la recharge est rapide et que l’énergie est toujours disponible, alors que le courant de la Regideso n’est pas stable.
Selon le spécialiste Donnay Fleury Nahimana, cette différence s’explique notamment par la puissance des installations. Les chargeurs domestiques sont limités à environ 7 kW, tandis que les stations de recharge peuvent atteindre 60 kW, réduisant considérablement le temps de recharge.
Or, « une petite voiture dispose d’une batterie comprise entre 24 et 40 kWh, comme la Nissan Leaf (30 kWh) ou la BYD Seagull (30 kWh). Les modèles plus grands peuvent atteindre jusqu’à 85 kWh, comme la Volkswagen ID.4, la BYD Song Plus, la Toyota BZ3X ou la Geely Riddara RD6 », explique le spécialiste des systèmes de mobilité électrique, Donnay Fleury Nahimana.
Malgré ses avantages, la station solaire présente un inconvénient majeur. Si la recharge rapide constitue un gain de temps considérable pour les usagers, elle reste nettement plus chère que la recharge à domicile. “Si on regarde le coût, l’argent payé à la station est beaucoup plus élevé que celui payé à la maison. Un kWh coûte 2500 Francs burundais(FBu) à la station, alors que quand je recharge ma voiture à la maison avec le courant électrique, 150 kWh coûtent environ 88 000 FBu. Cela signifie qu’à la station, 150 kWh reviendraient à environ 375 000 FBu », explique Ndayiziga.
Une solution face aux défis énergétiques
La station solaire apparaît comme une réponse aux coupures fréquentes d’électricité et à la crise énergétique que traverse le pays, pour pour deux raisons, selon le chercheur Donnay Fleury Nahimana: d’abord, les véhicules électriques utilisent une énergie renouvelable produite localement ; ensuite, leur utilisation est plus économique que celle des véhicules thermiques.
Toutefois, la transition vers la mobilité électrique se heurte à plusieurs obstacles, notamment la peur du changement et de l’inconnu, ainsi que le coût d’achat des véhicules électriques, qui reste plus élevé que celui des véhicules thermiques. Pour les deux cas, le spécialiste en mobilité électrique recommande respectivement au gouvernement burundais de renforcer la sensibilisation et d’accorder des exonérations fiscales à l’importation des véhicules électriques.