Le Burundi face à la montée du diabète

Au Burundi, le diabète progresse silencieusement et touche des populations de plus en plus jeunes. Face à cette pression croissante sur le système de santé, les autorités appuyées par leurs partenaires ont mis en place le projet RUMURI pour améliorer le diagnostic et la prise en charge de la maladie dans provinces de Bujumbura, Burunga et Butanyerera.

Par Egide Ndayiragije

Longtemps considéré comme une maladie marginale, le diabète s’impose désormais comme un véritable enjeu de santé publique. Il affecte aussi bien les zones urbaines que rurales, avec une tendance inquiétante chez les jeunes. « Le nombre de patients augmente chaque année, et nous recevons de plus en plus de cas avec des complications », explique un professionnel de santé rencontré dans une structure sanitaire appuyée par le projet RUMURI. Ces complications incluent notamment les maladies cardiovasculaires, les insuffisances rénales et diverses incapacités chroniques. Pour faire face à cette situation sanitaire au niveau national, le gouvernement burundais a fait de la lutte contre les maladies non transmissibles une priorité nationale, sous la coordination du Programme National de Lutte contre les Maladies Non Transmissibles.

RUMURI, une réponse structurée

Mis en œuvre par le consortium NTIWIHEBURE regroupant  le Centre médical Village  Health Action, Village Micro Clinic, l’Association Burundaise des Soins Palliatifs et l’Association de Lutte contre la Douleur qui sont financés par World Diabetes Foundation (WDF 24-1934), le projet RUMURI vise à renforcer l’accès aux soins liés au diabète, notamment à travers l’amélioration des services de diagnostic et de suivi dans les différentes provinces du pays.

Descente sur terrain pour la campagne de dépistage de l’Hypertension Arterielle et du diabète, Avril 2026

Sur terrain, les premières avancées sont visibles. Des équipements médicaux ont récemment été remis aux structures de santé, accompagnés d’outils de communication pour appuyer les actions de sensibilisation de la population. « Avant, nous manquions d’outils pour diagnostiquer correctement les patients. Aujourd’hui, la situation s’améliore progressivement », témoigne une infirmière trouvée à Hôpital de Ruziba, l’une des structures bénéficiaires du projet.

À ce jour, le projet a permis d’améliorer la prise en charge du diabète dans 24 structures de santé. Il a également renforcé les compétences du personnel médical grâce à la formation de 60 médecins, 200 infirmiers, 240 agents de santé communautaires et 40 techniciens en promotion de la santé. Plus de 50000 personnes ont été sensibilisées, 19200 dépistées.

Des défis opérationnels persistants

Malgré ces avancées, les défis restent importants. Selon les données de l’enquête d’évaluation harmonisée des établissements de santé (HHFA), 69 % des formations sanitaires prennent en charge les maladies chroniques. Il a été constaté que 54 % assurent le diagnostic et le traitement des maladies cardiovasculaires  et que seulement 50 % prennent en charge le diabète et les maladies respiratoires chroniques. La capacité opérationnelle des hôpitaux demeure également limitée. Évaluée sur la base de 12 éléments essentiels, allant des directives nationales aux médicaments indispensables, en passant par les équipements de base, elle n’atteint en moyenne que 40 %.

« Cela signifie que de nombreux établissements ne disposent pas encore des moyens nécessaires pour assurer une prise en charge complète », souligne un cadre du Programme National de Lutte contre les Maladies Non Transmissibles. Au-delà des soins, les spécialistes insistent sur l’importance de la prévention. L’évolution des modes de vie, marquée par une alimentation plus riche et une baisse de l’activité physique, contribue à la progression du diabète. « Sans un changement de comportement, les efforts curatifs risquent de ne pas suffire », explique une infirmière du Centre de Santé de Bubanza.

Le projet RUMURI apporte ainsi une réponse concrète à un problème en pleine expansion. Mais il ne couvre qu’une partie des besoins. Dans un contexte où les Maladies Non Transmissibles gagnent du terrain, les acteurs de la santé s’accordent sur un point: la lutte contre le diabète au Burundi nécessitera des efforts durables, mieux coordonnés et étendus à l’ensemble du territoire.

Burundi Non Communicable Deseases Alliance

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *