
Informer, former, sensibiliser et éduquer la population, l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques (OLUCOME) consacre 16 jours d’activisme contre la corruption. Sur la même longueur d’onde, la Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités (PARCEM), autre actrice majeure de la société civile burundaise, ne cesse d’alerter sur la corruption et toutes ses formes.
Par Dieudonné Ndayizeye
Classé 165 ème sur 180 pays pris en compte dans l’Index de Perception de Corruption dans le monde en 2024, la corruption au Burundi fait couler l’encre. La société civile tape le point sur la table. Ce jeudi, l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques a lancé une campagne de 16 jours de lutte contre la corruption. Lors de la conférence de presse tenue dans la capitale économique Bujumbura, Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, n’y va pas par quatre chemins. Selon lui, la corruption constitue un frein, non seulement à la démocratie, mais aussi au développement du Burundi. Elle menace la population particulièrement les catégories les plus pauvres.
Selon Rufyiri, les corrompus sont devenus plus forts que l’Etat et continuent même à influencer les lois qui ont été votées. Cela se produit, poursuit-il, au moment où le Burundi a ratifié en 2005 la convention des Nations Unies contre la Corruption de 2003 et a adopté une loi sur la prévention et la répression des actes de corruption et des infractions connexes en avril 2006.
Malgré cette loi anticorruption votée en 2006 et la Constitution du Burundi en son article 95, le président de l’OLUCOME, déplore le fait que les mandataires publiques ne déclarent jamais leurs biens dans les institutions de juridictions habilitées avant d’entrer dans leurs fonctions. De son côté, Faustin Ndikumana, président de la Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités (PARCEM), met l’accent sur le blanchiment d’argent et l’enrichissement illicite.

Dans un message d’opinion adressé au public à travers les médias ce mardi 2 décembre, Ndikumana affirme que la politique de lutte contre le blanchiment n’est pas suffisamment établie au Burundi. Ainsi, le Président de la République du Burundi, Evariste Ndayishimiye, a déploré en 2021 le détournement d’environ 54 milliards BIF qui devrait construire le barrage de Mpanda mais personne n’a été incriminée. De plus, selon le patron de la PARCEM, l’économie informelle prédomine, représentant environ 70 % de l’activité économique. Cela signifie qu’une grande partie de la population burundaise exerce des activités non déclarées et échappe à l’impôt.
L’opacité dans certains secteurs
L’un des secteurs pointés du doigt est le secteur minier. Depuis 5 ans, le numéro un burundais a pris en main ce secteur. Les contrats que le gouvernement avait signés avec les sociétés minières ont été suspendus. Gabriel Rufyiri souligne que selon les informations à sa disposition, l’extraction minière est attribuée aux coopératives. Cette figure de la société civile se pose la question de savoir comment et quand ces coopératives ont été créées.
Le président de l’OLUCOME met aussi l’accent sur les données fournies par la Banque centrale du Burundi sur les minerais de l’or exportés qui sont, par exemple, très différentes de celles publiées à l’international. Rufyiri propose qu’il devrait y avoir un site web officiel sur lequel doivent être publiées toutes les informations en rapport avec le secteur minier pour assurer beaucoup plus la transparence.
Se mettant au diapason, Faustin Ndikumana, président de la PARCEM recommande que l’État burundais déclare publiquement les revenus issus des minerais et assure leur affectation transparente pour financer des projets de développement.
Pour encadrer le secteur minier, Ndikumana propose d’adopter un code minier clair, de cartographier les gisements, de renforcer la coordination institutionnelle, d’assurer la transparence des contrats, d’adhérer à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), et de lutter fermement contre la corruption.
Au Burundi, il est difficile de savoir quelle institution responsable de la lutte contre la corruption depuis que le président de la République a annoncé qu’il prend la lutte contre la corruption en main, souligne Gabriel Rufyiri. Evariste Ndayishimiye aurait vu que sa décision n’était pas bonne, raison pour laquelle il est en train mettre en place la stratégie nationale de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, indique toujours Rufyiri. Ce dernier espère que les plans de validation de cette stratégie sont en cours.
Gabriel Rufyiri regrette que la lutte contre la corruption n’existe que dans les discours politiques. Comparant la corruption à une maladie endémique et insidieuse, Rufyiri appelle tout un chacun à la combattre, y compris la jeunesse. Cette dernière, précise-il, est parmi les victimes de ce fléau. D’ailleurs, la constitution burundaise en son article 69, alinéas 1 et 2, dispose que la corruption est un mal qui doit être combattu par tout citoyen.